Aller au contenu principal

LES PHÉROMONES

LES PHÉROMONES

J’étais en première au lycée lorsqu’un ami vint me trouver pour me dire que sa relation avec la gent féminine allait changer du tout au tout et qu’il fallait que je me prépare à en prendre plein la vue. Quand je lui demandais d’où il puisait sa confiance soudaine, il m’avoua que sa botte secrète trônait fièrement dans sa salle de bain et qu’il me la montrerait après les cours. Quelle ne fut pas ma surprise, en arrivant chez lui, de comprendre qu’il parlait en réalité d’un vulgaire shampoing. Mais lui était persuadé qu’il détenait le Graal et que son produit, qui puait, de surcroît, avait des propriétés spéciales. Lorsqu’il m’expliqua que son savon contenait de l’androsténol, une molécule exacerbant le désir chez les femmes, je n’en croyais pas mes oreilles. Je le suppliais alors de me prêter sa mixture, lui répétant qu’il pouvait compter sur moi pour en faire un usage raisonné et raisonnable ! Après tout, un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Mais il refusa catégoriquement, prétextant qu’à 50 euros les 20 ml, je pouvais aller me brosser. Son shampoing aux phéromones était affreusement cher, surtout quand on est lycéen. Je continuais alors ma vie, persuadé qu’il existait des cosmétiques dont l’odeur était capable de manipuler les désirs sexuels des gens.

Ce n’est que bien des années plus tard que je découvris la réalité sur les phéromones. Cet article est là pour partager, avec toutes les personnes crédules comme moi, la vérité : LES PRODUITS AUX PHÉROMONES QUE L’ON RETROUVE DANS LE COMMERCE NE FONCTIONNENT PAS ! Voilà, c’est dit ! Si vous ne devez retenir qu’une seule information de ce billet, c’est bien celle-ci. Cela vous évitera de succomber aux chants du marketing fallacieux. Maintenant, prenons le temps d’expliquer une telle affirmation.
Commençons par le commencement et définissons les phéromones. Ce sont des composés chimiques produits par des animaux et qui sont détectés par d’autres individus de la même espèce. Les phéromones entraînent des changements de comportement ou des modifications physiologiques. Elles ont été identifiées dans TOUTES les formes de vie et sont particulièrement importantes chez les mammifères, où elles jouent un rôle dans le comportement sexuel. 
Les humains seraient donc le seul être vivant, mammifères qui plus est, ne possédant pas de phéromone. Vous comprenez alors qu’il est difficile de défendre cet argument et c’est pour cela que chez VIOLET, nous ne sommes absolument pas contre l’idée qu’il puisse exister des phéromones humaines.

Attention, il est important de préciser que tous les scientifiques cherchent encore la preuve irréfutable de leurs existences. Certaines études récentes semblent sur le point de corroborer leur existence chez l’Homme. D’après l’expert britannique Tristram Wyatt, la première véritable phéromone humaine pourrait être identifiée chez une mère allaitant son nouveau-né. En 2009, des chercheurs français ont découvert que les sécrétions des glandes aréolaires situées sur les tétons des femmes allaitantes déclenchent un comportement de succion chez les nouveau-nés, indépendamment de la femme dont proviennent les sécrétions. Ces sécrétions pourraient donc contenir une ou plusieurs phéromones responsables de ce comportement. Mais alors si cette molécule est en passe de devenir la première « véritable » phéromone trouvée chez l’homme, quelle est cette andostrenol que mon ami se mettait dans les cheveux et qui devait provoquer des scènes d’émeutes sur son passage ? N’est-elle pas une phéromone ? Il n’y a, aujourd’hui, aucun consensus scientifique sur la question. Pourquoi ? Parce que nous ne sommes plus vraiment en mesure de comprendre les phéromones. L’organe du cerveau capable de capter les phéromones appelé l’organe vomeronasal a été endommagé dans le processus d’évolution de l’espèce humaine. Il est aujourd’hui en mesure de les capter, mais bien incapable de transcrire l’information pour la renvoyer au cerveau de façon efficace. Donc, dire que l’andostrenol, molécule présente dans la sueur des hommes, est une phéromone n’est pas totalement faux en soi mais dire qu’elle fonctionne comme aimant à femme, il ne faut tout de même pas exagérer.

Certains petits malins pour me contredire me ressortiront l’étude réalisée en 1978 par le professeur Kirk Smith. Ce dernier montra que sur 840 femmes passées dans une salle d’attente, 80 % ont choisi de s’asseoir sur la chaise où avait été déversé un peu d’andostrenol. De cette expérience, on en a conclu hâtivement que les femmes du test avaient fait ce choix sous l’emprise des phéromones. Cette étude est aujourd’hui très controversée, tant sur le protocole que sur l’interprétation des résultats.

En définitive, le problème n’est pas tant l’existence ou non de phéromones, mais tout le marketing vantant leurs emplois dans tel ou tel produit. Quand bien même les phéromones existaient et que l’andostrenol avait bel et bien un effet sur le sexe opposé, il serait si ténu et si insignifiant que jamais un produit ne pourrait le mettre en avant comme argument de vente. Ah oui, et on repassera pour le côté éthique de la chose (avoir recours à la manipulation olfactive et biologique pour être avantagé sexuellement). Dans l’industrie du parfum, on regarde un peu les parfums aux phéromones comme le cousin pas franchement fute-fute qui vient tenter de te persuader aux réunions de famille d’intégrer le système pyramidal dans lequel il est tombé. Alors, à moins que, comme mon ami, vous ayez 50 euros à perdre ou que vous soyez une chaise dans une salle d’attente, un seul conseil; portez de vrais parfums qui vous plaisent. Ils ne promettent peut-être pas de manipuler olfactivement le sexe opposé, mais eux au moins ils sentent bon. C’est toujours ça de gagner sur les parfums aux « faux-romones ».